mardi 13 mai 2008

VoxPop - Tout&Musique


Correspondance en gare de Marseille : après avoir fini le génial "livre noir du libéralisme" de Pierre Larouturou sur lequel je ferai bientôt un article, j'avais envie de m'acheter un magazine. VoxPop, je tombe sur le quatrième numéro de ce magazine récent qui traite des sujets de sociétés sous l'angle de la musique. ce mois-ci : Musique&Politique. Mes deux passions rassemblées, j'étais forcé d'acheter cette revue.

Première page : un mot du redac chef Jean Vic Chapus :

"Récemment, l'heureux Rédacteur en Chef se trouvait à Liverpool, Capitale européenne de la Culture 2008 et, accessoirement, ville (parc) d'attraction siglée "Bienvenue à Beatles-Land". (...) Liverpool (comme Rennes ou Varsovie visités dans ce numéro) ressemble à un rêve de ville musicale. Ici ce souvent les disques qui permettent de mieux comprendre la culture, l'architecture, l'économie, la mode, le sport... Bref la musique est souvent plus sociétale qu'on ne veut bien le penser. Elle s'incruste dans chaque rue, offre une grille de lecture assez fiable pour comprendre toutes les (R)évolutions. Le sous-titre de VoxPop est "Tout&Musique". Pour ce numéro, on le décline en "Musique&Politique". En couverture Jack Lang. L'ancien Ministre de la culture emblématique de la France des années 80, est plus qu'un politique. Jack "I was there" Lang est à mi-chemin entre la pop star (Brian Ferry ?) et le label manager visionnaire et hédoniste (Tony Wilson, période Hacienda ?) (...)Vous venez d'acheter ce journal et vous venez de commencer à le lire. Surprise, vous venez de vous engager !"

Entre autres ce numéro traite de Miossec et de son engagement en politique, de la ville de Varsovie comme nouvel Eden de l'underground pop et de la fête, de John Mc Cain père de Meghan, blogueuse et folle du groupe de rock Vampire Weekend, du Hip Hop en territoire palestinien, bref une revue pleine d'ambition !

L'interview de Jack Lang est très intéressante. Lui est très intéressant en fait. Il raconte d'abord sa découverte de la musique, classique d'abord et surtout : "Pour réviser le baccalauréat j'acoutais Bach, Vivaldi, Haendel. Cela me donnait une énergie et un pouvoir de concentration incroyables. Peut être que j'ai réussi mes examens grâce à mes disques".

Il parle ensuite de son goût pour le cinéma et surtout pour le théâtre. "A l'époque pour moi, c'était le théâtre, toujours le théâtre et encore le théâtre. c'est seulement plus tard, à 21 ans, que la musique a rejoint ma vie culturelle et aussi mon engagement civique. A l'université, j'ai crée une troupe de théâtre étudiante. En parallèle de cela, j'ai fait venir beaucoup de groupes musicaux liés à l'Amérique contestataire. La plupart revendiquaient l'influence de Bob Dylan ou Joan Baez, aussi bien dans les influences sonores que dans le message à caractère politique véhiculé à travers leurs chansons".

Il parle ensuite de son engagement politique. Le détonateur de sa vocation politique eu lieu vers l'âge de 15 ans, lorsque la guerre d'Algérie battait son plein. Le personnage qu'il a alors séduit à l'époque est Pierre Mendès France "trop oublié aujourd'hui, il reste pour moi l'incarnation de la rigueur morale et intellectuelle".

Il dirigea ensuite le festival de théâtre de Nancy de 1963 à 1977 et explique le lien entre ce travail et son engagement politique : "nous étions en première ligne de la contestation des idéologies fascistes et de tous les colonialismes. Je faisais partie d'une mouvance libertaire. Toutes les célébrations actuelles un peu mortuaires de Mai 68 ont tendance à oublier le rôle précurseur qu'ont eu les arts sur ce mouvement".

Ses goûts actuels sont très intéressants : "Toutes les musiques traditionneles me passionent. (...) Comme j'ai eu la chance de beaucoup voyager au cours de ma vie, je me suis intéressé aux musiques des peuples d'Afrique, d'Orient, de Grèce, d'Iran ou d'Amérique du Sud. J'y retrouve une force et une vérité. (...) On est comme drogué en les écoutant. Ce qui fait d'ailleurs que je suis très attiré par les musiques très contemporaines et notamment la musique répétitive. Je pense à Philip Glass".

Un des passages les plus intéressant est celui dans lequel il parle de sa fréquentation de la boîte parisienne Le Palace : "En 1979, le Palace était plus qu'une boîte de nuit. Il y avait entre ces murs une telle liberté de parole, de pratiques sexuelles quelles qu'elles soient et de consommation de drogues. On ne pouvait que sentir dans l'air le grand changement politique de Mai 1981et de l'arrivée de la gauche au pouvoir. (...) Le Palace, c'est le lieu tel que je l'ai toujours rêvé. L'architecture était somptueuse. Il y avait ces plafonds dessinés par le peintre Gérard Garouste. (...) Toutes les faunes s'y mélangeaient dans un joyeux désordre : Serge Gainsbourg, Nina Hagen, Mick Jagger, Pierre et Gilles... et puis il y avait un prince généreux qui régnait sur sa cour : Fabrice Emaer, le maître des lieux. Il aimait marier les uns et les autres, sans respect des générations, des préférences sexuelles ou des origines sociales. (...) quand on etrait dans le Palace, on entrait dans un monde merveilleux, plein de douceur de vivre.(...) J'y allais souvent avec des amis qui ne sont plus de ce monde : le philosophe et épistémologue Jean-Paul Aron,
notamment".

Il présente également ses grandes réussites en tant que ministre de la culture en particulier dans l'enseignement des arts et sur la création de la fête de la musique et des radios libres (même s'il fait une auto-critique sur cette dernière mesure qui n'a pas aboutit à ce qu'il souhaitait). Il parle de sa proximité avec Coluche, et de sa rencontre dans les murs du ministère avec le groupe de rock Trust : "Les rockeurs aussi ont le droit d'être invités dans les palais de la République". Il parle de sa fascination pour Jadques Higelin, et de son goût pour le compostieur interprète Peter Gabriel. Il raconte le premier soir du 21 Juin 1982, première fête de la musique :" le trac de ma vie", d'une façon très émouvante.

il raconte comment il fut un des premiers à faire reconnaître une véritable culture techno dans ce pays et comment il s'est également engagé pour le rock, le rap et le raï : "J'ai dû parfois me bagarer, même physiquement contre la police, pour que ces musiciens puissent exercer leurs arts sans entrave". En effet, il raconte une anecdote assez étonnante, lorsqu'en 1982, un groupe de punk rock avait installé son local de répétition dans un garage en plein centre de Paris et que Jean Tibéri alors premier adjoint au maire de Paris Jacques Chirac, avait envoyé la police pour les faire déloger de force : "je dû m'interposer physiquement, tout ministre que j'étais, pour empêcher ce que je jugeais être une injustice. A l'époque le rock en France n'avait pas de lieur pour s'exprimer librement. Certaines salles étaient à l'abandon. La Cigale, le New Morning et le Gibus étaient en perdition. Il a fallu s'investir personnellement pour faire survivre ces endroits".

Lorsqu'il a soutenu le groupe NTM, il raconte comment le patron du Figaro Magazine de l'époque a écrit dans son journal qu'il était "le pape du Sida mental". Il se rappelle comment "la techno et des groupes comme NTM étaient considérés comme un véritable poison pour la droite réactionnaire. La techno a souffert d'ignorance à son sujet. Le rap, lui, a été purement et simplement cantonné à la culture des cités HLM. Pour le rap, on disait que cette musique incitait à l'émeute et à la violence. Pour la techno, les choses étaient encore plus claires. Les bonnes gens criaient : "Ce n'est pas de la musique" ".

Pour conclure, je citerai ses mots lorsqu'il se décrit lui même :

"J'aime beaucoup les interdits, je ne le nie pas. J'aime déceler les choses avant les autres, j'aime légitimer les pratiques que la majorité diabolise, j'aime provoquer les conservateurs. c'est dans ma nature. Je ne sais pas d'où vient ce goût. La création de la techno-parade, sur le modèle de la love parade berlinoise, à été en cela un vrai régal. La techno était la musique honnie par excellence. Musique de drogués, musique d'homosexuels décadents, disaient les plus violents parmi les opposants ! J'ai aimé me retrouver au côté de personnes comme Laurent Garnier pour faire reconnaître ce mouvement très important dans l'Histoire. J'ai aimé revendiquer une liberté d'organisation pour les rave parties auprès des ministres de l'Intérieur, Jean Pierre Chevènement et même Nicolas Sarkozy. J'ai aimé le milieu techno, fréquenter les DJ qui se produisaient dans les rave parties. Il y a une sorte de vraie gentillesse parmi les acteurs de ce milieu. Je regrette que ce mouvement se soit assagi avec le temps (...).

Alors pour finir sur une note jack-languienne : Jack Lang est incontestablement un socialiste différent, mais c'est un socialiste merveilleux et fascinant.

Et merci a cette revue de publier des articles et des interviews si intéressantes !



free music


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1 commentaires:

Marion a dit…

Il est mignon Jâââââck, je l'aime bien (enfin, tant qu'il reste à la culture).