lundi 25 mai 2009

Le livre noir du libéralisme - Partie 2 : Construire une alternative

Dans cette partie, la première analyse qu'effectue Pierre Larrouturou est une comparaison du modèle français et du modèle américain. Il explique en effet que nombres d'hommes politiques basent leur raisonnement sur un constat : le PIB par tête des américains est 30% supérieur au PIB par tête des français, le PIB représentant la richesse nationale (qui peut être calculé par les dépenses, les revenus ou la production). Ils en concluent dès lors qu'un objectif de la France est d'atteindre ce même niveau.

Il fait alors une critique du modèle américain en expliquant que les 30% d'écart proviennent en grande partie du mode de fonctionnement du modèle américain, une société de sur-consommation :

"Dépense de santé (Un français dépense en moyenne par an 2736 dollars alors qu'un américain dépense 5267 dollars et son espérance de vie est pourtant moins longue), gaspillage d'énergie, dépenses de suralimentation, dépenses de sécurité et dépenses d'assurance, frais d'avocats et dépenses pénitentiaires... Quand on analyse le contenu réel du PIB américain et les différences qui expliquent les 30% de supériorité sur le PIB français, on ne trouve pas tellement d'occasions d'envier le modèle qui le sous tend. Certes, les Américains consacrent un peu plus que nous à l'université et à la recherche mais, sous réserve de ces deux exceptions, il n'y a aucune raison de regretter que la France ait un PIB par tête plus faible que les Etats-Unis."

Le deuxième argument que Pierre Larrouturou réfute repose sur la prévision que les départs en retraite massifs ces dernière années (baby-boomers) vont bientôt faire diminuer la population active et donc le chômage. Seulement, il rapelle que dans ces dernières estimations l'INSEE considère que du fait des réformes Fillon de l'allongement de la durée de cotisation, "la population active ne baissera ni en 2007, ni les années suivantes. Le nombre total d'actifs devrait augmenter fortement jusqu'en 2015, puis augmenter encore, plus doucement, jusqu'en 2050. La population active devrait augmenter de 900000 personnes" (INSEE prévisions juillet 2006).

Pour construire une alternative, Pierre Larrouturou nous invite ensuite à réfléchir sur les tenants et les aboutissants de la mondialisation. Le titre de son chapitre est "La mondialisation est-elle coupable ?". Selon lui, on ne pas accuser la mondialisation du niveau de chômage actuel :

"Dans certains secteurs, il est évident que la mondialisation a provoqué des pertes d'emplois importantes. Depuis que la Chine a adhéré à l'OMC, nul ne peut nier l'importance des importations de textile chinois en Europe. (...)Mais qu'en est-il globalement ? Sur l'ensemble des secteurs de l'économie ? Pour le moment, le chômage en France et en Europe ne s'explique pas par la concurrence des pays à bas salaires : hors Europe, notre balance commerciale est équilibrée. Oui, contrairement à ce que l'on pourrait croire, c'est vis-à-vis des pays de la zone euro que notre balance est est déficitaire. Hors Europe, elle est équilibrée et même légèrement excédentaire. La moitié de notre déficit commercial est due à nos seuls échanges avec l'Allemagne".

Il effectue ensuite une analyse très intéressante sur les conséquences de la baisse des salaires en Allemagne et ces conséquences sur la balance commerciale française. Son analyse adopte un point de vue à la fois économique mais également politique.

C'est alors qu'il fait sa première grande proposition : Le traité social européen qui permettrait d'éviter le dumping entre les pays et d'apporter une convergence vers le haut en matière sociale, tout comme le traité de Maastricht a permis une convergence en matière économique. Ce traité serait composé de 5 objectifs :

- Un chômage inférieur à 5%
- Un taux de pauvreté inférieur à 5%
- Un taux de mal logés inférieur à 3%
-Un taux d'illettrisme à l'âge de 10 ans inférieur à 3%
-une aide publique au développement (vers les pays du Sud) supérieure à 1%

Cette proposition de traité social qu'il a copublié dans le Monde du 9 Juin 2004 avec Stéphane Hessel et Michel Rocard s'appuie sur un argument avec lequel on ne peut qu'être d'accord :

"Nous avons été capables de créer une monnaie unique. Douze Etats qui décident de faire monnaie commune, c'est du jamais-vu en temps de paix. Nous avons vaincu l'inflation en quelques années : elle est passée de 12% à 2% ! Pourquoi ne pas lutter avec autant de force contre l'illettrisme ? Pourquoi ne pas nous attaquer vraiment au mal-logement ou au mal-développement ? N'est ce pas le meilleur moyen d'affirmer concrètement nos valeurs humanistes, le meilleur moyen de réconcilier l'Europe et les Européens ?"

Le traité de l'Europe sociale tient en sept articles. Dès qu'il a été rendu public, il a reçu le soutient entre autre de Jacques Delors, José Bové, Enrique Baron Crespo (président du groupe socialiste au Parlement Européen), l'abbé Pierre, Mgr Ricard (président des évêques de France), Robert Goebbels (ancien ministre de l'économie luxembourgeois)... 250 parlementaires et des milliers de citoyens.

Pierre Larrouturou explique ensuité que Nicolas Sarkozy, une fois passé président "voulait clore très vite le dossier européen. Alors que tout les partenaires européens pensaient boucler la négociation d'un nouveau traité pour la mi-2009, Nicolas Sarkozy a voulu conclure immédiatement. Sans prendre le telps du dialogue. Au risque de rater une occasion historique de rapprocher l'Europe des attentes des peuples et des nécessités économiques et sociales de l'époque (...) Le nouveau traité ne comportera aucune clause sociale. C'est une occasion ratée mais cela ne doit pas nous empêcher d'agir".

C'est ensuite à la situation monétaire mondiale que Pierre Larrouturou s'attaque et en particulier à la sous-évaluation de la monnaie chinoise. Je ne reviendrai pas en détail sur cette partie car elle demande beaucoup d'explications qui sont parfaitement claire dans le livre.

Dans le prochain article je parlerai des autres propositions de Pierre Larrouturou, notamment la semaine de 4 jours.

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